la parole a ...

Samedi 4 juillet 2009 6 04 /07 /Juil /2009 09:30

Montreuil, le mercredi 1er juillet, alors que Monsieur Hulot revient aujourd’hui sur les écrans…

 

 

Chers amis,

Auteur d’ un essai sur Jacques Tati, Jacques Tati ou le temps des loisirs (éditions de l’IF 2002) je suis prise depuis le mois de mars 2009 dans un feuilleton commercial qui à défaut d’être épique devient cauchemardesque.

En effet, mon éditeur a été mis en liquidation et les stocks de ses livres ne sont accessibles qu’avec l’autorisation du liquidateur ou mandataire judiciaire. J’ai contacté ces derniers à maintes reprises comme par mails.

Le premier mail date du 25 mars, celui qui mentionne le rachat d’un stock de 150 exemplaires de mon propre travail date du début du mois de mai, mes derniers mails datent du 29 juin. Entre ces deux dates : près de trente échanges de mail, en vain…

Depuis, j’ai découvert qu’un diffuseur (Pollen) distribue le livre et j’entends lui poser maintenant la question de la récupération de mes droits d’auteurs. Celui-ci ne m’ayant ni contactée, ni avertie d’aucune sorte pour distribuer cet essai, je vais donc contacter la Société des Gens de lettres pour faire, là aussi, valoir mes droits.

Etant donnée l’actualité de Jacques Tati ces derniers mois, j’étais enchantée de pouvoir aller parler en public de ses films et présenter ici ou là ce livre qu’on me demandait de signer et qui est devenu pour moi fantomatique.

J’ai décidé de lancer un appel autour de moi à tous ceux qui considèrent que tout travail (d’auteur ou tout autre forme de travail) mérite autre chose que le mépris.

Monsieur Hulot, revient sur les écrans aujourd’hui. Il y a urgence à ce que je puisse récupérer mon livre après quatre mois de réclamations ! Aussi je vous demande de bien vouloir envoyer par mail le court texte ci - dessous aux deux liquidateurs mandataires, en charge du dossier des EDITIONS DE L’IF. Merci aussi de le faire circuler autour de vous avant de le renvoyer.

Vous pouvez aussi leur téléphoner pour faire entendre votre protestation. Que leur standard explose !

En vous remerciant tous chaleureusement de votre solidarité.

Laura Laufer

 

 

Pétition  adressée à

Madame Sophie Saint Georges, Eric Ayadia, Tél : O1 56 59 16 83.

A Monsieur Yohann Yan Ting, Tél 01 44 24 65 65.

ssg@parisud.com , ericayaidia@yahoo.fr , y.yang-ting@mjassocies.com

 

 

 

Texte ou texte libre :

 

Je proteste contre le mépris avec lequel vous traitez depuis 4 mois les demandes répétées de Madame Laufer Laura, auteur du livre Jacques Tati ou le temps des loisirs. Je vous demande de bien vouloir remettre à Madame Laufer les exemplaires qu’elle vous a achetés et de répondre positivement à ses réclamations.

 

 

 

 

 

 

NOM PRENOM

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PROFESSION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /Juin /2009 16:28

« Quel nouveau mode de développement ? »


Conférence-débat avec Alain Obadia, membre du Conseil Economique et Social, Vice-Président de la Fondation Gabriel Péri.

L’exigence d’un nouveau mode de développement ne relève pas de simples considérations conceptuelles.

La question posée dans la vie est d’inventer un nouveau chemin pour trouver une issue durable à la crise structurelle du capitalisme (car il faut appeler les choses par leur nom).

Cette crise est globale. Il est donc indispensable d’y répondre sur tous les terrains qu’elle impacte : du social à l’écologique.

L’un des éléments clé du processus est de comprendre que – contrairement à la logique toujours dominante aujourd’hui- la réponse aux besoins sociaux, l’amélioration des conditions de travail et de vie, le développement de services publics efficaces et gérés démocratiquement, la rupture effective avec le productivisme et l’intégration de la dimension écologique dans le développement humain sont des bases essentielles pour soutenir l’activité économique et l’emploi.

Ainsi, l’économique, le social, l’environnemental sont étroitement imbriqués et doivent progresser de concert si l’on veut s’engager dans des cercles vertueux de progrès.

Cela implique, notamment, de transformer en profondeur les critères de gestion et de décision aussi bien dans les entreprises qu’aux différents plans macro économiques. Ce qui nécessite de revisiter les différents indicateurs de performance et d’instaurer des règles permettant aux salariés et aux populations d’intervenir vraiment sur les questions qui déterminent leur devenir.

Dans cette perspective, les règles du commerce mondial, les flux financiers et l’organisation planétaire de la lutte contre les défis climatique et sanitaire, doivent s’inscrire dans l’organisation globale d’un développement humain durable et partagé.

Prochaine séance : mercredi 24 juin 2009, 18h45 
Fondation Gabriel Péri 
11, rue Étienne Marcel 
Pantin (93) - Métro Hoche


Entrée libre. Le nombre de place étant limité, merci de bien vouloir vous inscrire par courrier électronique à l’adresse :inscription@gabrielperi.fr

 

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Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /Juin /2009 09:30

Henri Pena-Ruiz, intellectuel républicain engagé, explique pourquoi la performance du Front de Gauche est prometteuse.

La  droite est satisfaite. Sa base de classe a répondu présent, ce qui se comprend puisque la politique menée va dans le sens de ses intérêts. Une Europe libérale, antilaïque, antisociale, destructrice des services publics, se met en place. Le Parti socialiste, lui, récolte les fruits  amers de ses atermoiements, voire de sa duplicité : voter, d’une part, le traité de Lisbonne et prétendre, d’autre part, défendre une Europe sociale, alors que l’un contredit l’autre. Sur fond d’abstention massive de l’électorat populaire, le Front de gauche vient malgré tout de réussir une belle percée, prometteuse pour l’avenir. Il ouvre la voie à une véritable alternative, aussi clairement à gauche que la droite est à droite. Celle d’une alliance pérenne, destinée à s’élargir à tous ceux qui veulent que la gauche soit vraiment la gauche, car ils en ont assez de ce capitalisme arrogant et des trahisons qui lui laissent les mains libres. La gauche n’a pas à rougir de son histoire. Il faut en finir avec les complexes et les reniements qu’ils entraînent. Qui a défendu l’émancipation politique du peuple ? Ceux qui siégèrent à gauche dans l’Assemblée constituante le 28 août 1789. Qui a amorcé l’émancipation laïque tournée non contre la foi religieuse mais contre son instrumentalisation politique, source d’oppression et d’obscurantisme ? Qui a conçu l’instruction publique, destinée à « rendre la raison populaire » (Condorcet) pour un exercice éclairé de la citoyenneté ? Qui a redéfini la nation dans un sens universaliste comme patrie du vivre ensemble selon le droit, en lieu et place d’une nation fondée sur des particularismes sources d’exclusion ? Qui a lutté sans relâche pour des droits sociaux susceptibles de donner chair et vie aux droits politiques ? Aujourd’hui, dans un contexte de crise systémique du capitalisme, la gauche doit se ressaisir pour offrir au mouvement social une authentique perspective d’alternative à ce monde d’insolente injustice. Cinq orientations majeures peuvent redonner sens à l’espoir.

1 - Lancer une refondation politique et sociale de l’Europe, afin que les promesses de l’internationalisme cessent d’être synonymes de laminage de la souveraineté des peuples et de régression des droits sociaux. En quoi la concorde européenne impliquerait-elle la priorité donnée au profit capitaliste ? Il faut cesser de dégoûter les citoyens d’une belle idée en la confondant avec la dictature du grand marché. L’Europe des peuples, de la paix, de la culture, Victor Hugo en rêvait. Mais elle ne peut advenir que par la justice sociale. Celle-ci implique un nivellement par le haut, et non par le bas, du droit du travail et des conquêtes politiques inaugurées par la Révolution française. L’Europe doit être laïque et sociale.

2 - Développer la laïcité des Etats et des institutions publiques. La loi commune doit assurer non seulement la liberté de conscience mais aussi l’égalité de droits des divers croyants, des athées et des agnostiques. Tout privilège public, financier ou juridique, des religions est une discrimination inacceptable pour ceux qui ont d’autres convictions. Il s’exerce de surcroît au détriment des ressources publiques donc de l’intérêt général. La loi ne saurait être dictée par la foi : celle-ci ne doit engager que les croyants. La sphère morale et spirituelle est ainsi affranchie de toute tutelle. La laïcité est un principe d’émancipation et de concorde, propre à fonder une véritable fraternité en assurant la promotion du bien commun à tous.

3 - Refonder la souveraineté populaire en restituant au champ d’une citoyenneté active les compétences qui lui ont été ôtées au nom d’experts faussement neutres, car liés aux puissances dominantes du capitalisme et de son idéologie ultralibérale. Penser de nouvelles modalités de l’appropriation collective de tout ce qui est d’intérêt commun. Etudier des formes audacieuses du contrôle populaire du développement socio-économique mais aussi des décisions prises par les pouvoirs publics. Il faut refonder et reconsidérer la politique démocratique comme forme et moyen de la participation populaire à l’élaboration des règles communes.

4 - Développer les services publics
pour assurer un accès égalitaire aux biens de première nécessité : la santé, l’instruction et la culture, le logement, l’accès à l’énergie, la communication et les transports collectifs. La République s’affirme non par un centralisme autoritaire qui instaurerait une hiérarchie géographique entre les régions, mais par une centralité sociale qui assure la solidarité redistributive. Elle le fait par la péréquation et une fiscalité progressive propre à contenir les inégalités dans des limites essentielles pour que soit assurée la dignité humaine de tous. L’école publique, par exemple, met la culture à la portée de tous, pour promouvoir une citoyenneté éclairée.

5 - Prendre en compte concrètement la dimension sociale de toute activité économique, afin de développer l’esprit de responsabilité de ceux de ses acteurs qu’obsède la seule rentabilité à court terme, source évidente d’exploitation et de négligence à l’égard de ses conséquences néfastes. Il est en effet irresponsable de laisser à la charge des pouvoirs publics le soin de réparer les dégâts écologiques d’une telle conception, mais aussi ses impacts humains : santé altérée, désespoir, sentiment d’exclusion, paupérisation liée au chômage, etc. Le droit du travail doit être réaffirmé et développé dans le sens d’un contrôle social de ce qui peut avoir des conséquences néfastes sur les êtres humains. D’où trois exigences conjointes : écologie sociale, code du travail, recherche active d’un mode de développement à la fois juste pour tous et responsable pour l’environnement.

Notre monde n’est pas en panne d’idéal. Nul dogmatisme, nul procès d’intention. Mais la gauche doit oser être elle-même, en conjuguant tous les registres d’émancipation. « Et les bateaux repartiront vers la lumière » (Paul Eluard).
Article paru dans  (Marianne2.fr)                                                      

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Jeudi 11 juin 2009 4 11 /06 /Juin /2009 09:30

un article exceptionnel de Mumia Abu-Jamal

Il n’a jamais cessé d’être journaliste : depuis le couloir de la mort, Mumia Abu-Jamal a écrit un article, pour Reporters sans frontières. De la misère à Philadelphie du temps de sa liberté, en passant par les conditions de détention actuelles, Mumia "couvre" un univers caché que même les journalistes les plus intrépides ne peuvent pénétrer", écrit-il.

J’ai fait mes débuts dans le journalisme en tant que reporter, chargé du logement au sein d’une station de radio locale, affiliée à NPR (National Public Radio). A Philadelphie, l’une des plus vieilles villes des Etats-Unis, les problèmes de logement étaient alors très nombreux : on pouvait parler d’un délabrement généralisé, surtout dans les quartiers où vivaient les Noirs, les Portoricains et les Blancs les plus démunis. Lorsque je me repenche sur ces années, (…) impossible d’oublier la manifestation contre les mauvaises conditions d’habitat organisée par les locataires d’une résidence de Southwest Philadelphia, une partie de la ville que j’avais jusque-là maintes fois longée en voiture sans oser m’y aventurer…


Les façades du bâtiment étaient plutôt belles, stylisées, et se démarquaient du reste de la rue grâce à leurs moulures ornementales, symboles d’une ère révolue où les bâtisseurs, véritables artisans, se souciaient de beauté. Lorsque l’un des organisateurs de la manifestation m’a appelé pour m’alerter, je me suis immédiatement rendu à l’immeuble. Ma première réaction a été un haut-le-cœur : les plafonds étaient dangereusement affaissés, suspendus au-dessus des enfants ; la tuyauterie était bouchée et le bâtiment était si peu entretenu qu’il menaçait la sécurité de ses occupants.


Les meneurs de la manifestation ne cachaient pas leur colère. En repensant à cet événement aujourd’hui, je réalise que le sujet n’était pas, en soi, le logement. Le sujet, c’était la résistance. C’est cela qui donnait du sens à cette histoire symptomatique de ce que vivent les gens de la classe ouvrière, qui affrontent, au quotidien, des conditions de vie injustes et inacceptables. De nombreuses années plus tard, au fond de ce que j’appelle l’American House of Pain (ma prison), ce serait mon lot.


Les milliers de personnes incarcérées autour de moi pourraient chacune faire l’objet d’un reportage : sur les raisons les ayant conduites en prison ou, bien plus souvent, sur les procédures utilisées pour leur condamnation. Le système judiciaire américain s’apparente à un broyeur à viande : vus de près, ses rouages sont répugnants. J’ai rédigé maint articles sur des détenus condamnés injustement ou illégalement, soumis à de terribles violences, victimes de sidérantes aberrations bureaucratiques ou de cruautés à vous glacer le sang.


En 1995, j’ai fait l’objet de sanctions pour m’être « adonné à des activités de journaliste ». Il m’aura fallu des années de lutte contre le système judiciaire, dont plusieurs semaines de présence dans une salle d’audience, assis avec des chaînes serrées à en faire enfler et saigner mes chevilles, pour faire enfin admettre que le 1er amendement de la Constitution américaine protège de telles activités (ce fut l’affaire Abu-Jamal contre Price). Je ne regrette nullement ce combat.


Pendant longtemps, pour rédiger mes articles, j’ai été contraint de les écrire sur un bloc-notes, avec un stylo ou parfois même avec un simple tube de 10 centimètres en plastique souple et transparent, c’était comme si j’écrivais avec une nouille.


Deux de mes livres ont été écrits avec de tels instruments, puis envoyés à des amis ou à des éditeurs pour les faire taper.


Les ordinateurs n’ont pas encore fait leur entrée dans le monde carcéral (ou, tout du moins, pas en Pennsylvanie). Je suis souvent amusé de recevoir des lettres de personnes bien intentionnées qui me donnent spontanément leur adresse de courriel ou de site Web. J’en conclus qu’elles pensent que je dispose, là, dans ma cellule, d’un ordinateur personnel, ou que cette prison propose aux détenus des points d’accès à l’Internet. Pas du tout.


Ici, il n’y a ni ordinateurs, ni I-pod, ni CD, ni cassettes (l’ironie est que l’on peut acheter des lecteurs de cassette à l’intendance ! ). Nous ne sommes guère que des dinosaures qui vivons dans un autre temps, figés dans une ère où nous faisons "sans".


Un détenu surnommé Amin (Harold Wilson), qui avait été acquitté lors d’un nouveau procès sur des accusations de meurtre non fondées, a été libéré après deux décennies passées dans le quartier des condamnés à mort. Il a quitté la prison centrale de Philadelphie avec tous ses biens réunis dans un sac poubelle, et un jeton d’autobus. Un détenu portoricain qui avait été libéré de la même prison au même moment a été si touché par l’expression de désarroi sur son visage qu’il lui a offert son téléphone portable. Amin a regardé en plissant les yeux le petit appareil au creux de sa main et a demandé : « Ça sert à quoi, ce truc ? »


Il n’avait aucune idée de la façon de faire marcher cet étrange objet car il n’en avait jamais vu ou tenu un auparavant. Plus tard, il m’a dit : « Oh là là, on aurait dit un gadget directement sorti de Star Trek ! »


Il y a parfois des histoires qu’on aurait préférer ne pas connaître. Il y a plusieurs mois, Bill Tilley, apprécié pour son sens de l’humour dans les couloirs de la mort, mais usé par trop d’années de coups de tête contre l’épaisse muraille judiciaire et redoutant que de récents problèmes de santé ne soient le prélude d’un cancer, s’est levé à l’aube et s’est servi de la grille d’une bouche d’aération de sa cellule pour effilocher les lacets de ses tennis et faire un nœud coulant. Il s’est pendu.


Suite à son décès, des rumeurs ont circulé selon lesquelles il était effectivement atteint de cancer, mais que le personnel médical de la prison n’en avait pas parlé car, s’agissant d’un condamné à mort, l’Etat ne voulait pas gaspiller d’argent en soins pour un patient qui allait de toute manière mourir.


Plusieurs semaines avant sa mort, Tilley avait confié à quelques amis qu’il pensait qu’il s’agissait d’un cancer, compte tenu de la sévérité de ses symptômes, mais que, quoi qu’il en soit, il avait tellement souffert qu’il ne voulait « plus jamais, jamais, passer par cela ». Ce que nous ignorions alors, c’est qu’il nous annonçait du mieux qu’il pouvait son projet de suicide. Peut-être essayait-il de nous dire en quelques mots qu’il avait plus peur de souffrir que de mourir. Tilley a mis fin à ses jours à moins de 12 mètres de la porte de la cellule dans laquelle ont été écrit ces mots.


J’ai "sorti" cette affaire, mais sans aucun plaisir. Des affaires à sortir, il y en a des dizaines de milliers dans cette « Maison de la Peine ». Elles m’ont inspiré des centaines d’articles.


Je "couvre" un univers caché que même les journalistes les plus intrépides ne peuvent pénétrer.


Cet univers, c’est mon domaine, et j’entends y faire mon travail avec la même rigueur et le même professionnalisme que ceux qui m’animaient dans le passé.


Car même s’il s’agit d’un monde caché, loin des millions de regards, il s’agit bien d’un monde public, bâti et entretenu grâce à l’argent du contibuable. Ce dernier n’est-il pas en droit de savoir où passent ses impôts ?


Je l’en informe du mieux que je peux, plusieurs fois par mois, par écrit au travers d’articles ou de recueils de commentaires. Je me bats contre le fait que je suis ici, mais je suis ici ; et tant que cela durera, c’est ici que je poursuivrai cette vie.

 

(L'Humanité.fr)


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Vendredi 5 juin 2009 5 05 /06 /Juin /2009 09:31
La liste des soutiens du Front de gauche témoigne de l’élargissement de son audience, et d’une offre politique perçue comme neuve à gauche. "Rendre les mots plus utiles", résume ainsi Magyd Cherfi dans un texte reproduit ici.

Chers amis ou, comme diraient mes frères, camarades ! Comme vous comme beaucoup… je suis celui qui cherche une équipe, une famille, un front à gauche et de gauche sans plus de qualificatifs… Je cherche une façon d’être qui ne m’éloigne ni des utopies les plus belles ni des réalités aussi féroces soient-elles. Je cherche cet équilibre fragile, ce sont des actes, ce sont aussi des mots et je ne les aime ni quand ils réduisent le champ des possibles ni quand ils ouvrent la boîte de Pandore.

Je n’aime ni les mots qui sous prétexte de pragmatisme réclament la part récurrente de sacrifice à ceux qui ont les plus bas revenus ni ceux qui, à force de passer du baume à la surface du cœur, ont fini par le rendre insensible.

Les mots… Je suis de ceux qui les utilisent au jour le jour mais qui cherchent aujourd’hui à les rendre plus utiles, peut-être plus efficaces, pour tenter la répartition, j’allais dire la réparation… Oui la réparation, car je veux être dans mon monde et pas m’en raconter un autre… idéal ou désespéré, peu m’importe. Je veux être dans mon monde et pas un autre, aussi fabuleux soit-il… et en même temps… j’accroche un bras au mur des utopies pour en bâtir un autre cerclé d’humanité.

C’est ainsi que… j’ai parfois deux mouvements contraires qui séparent ma tête de mes quatre membres, parfois ma tête de mon cœur. Je m’écartèle en quelque sorte mais sans bourreau. Le bourreau, j’ai ce privilège de me l’être choisi et c’est moi.

J’aime cette contrariété qui fait le doute et me laisse en suspens plutôt que de m’asseoir sur des vérités toutes faites.

J’aime ceux qui rêvent et qui dans le même temps ne se racontent pas d’histoires, ça fait la différence. Ceux qui construisent de l’utopie à l’écart des illusions, ceux qui ne prennent pas les mirages pour des réalités mais la réalité comme porteuse d’espoirs.

J’aime l’élan qui donne la possibilité d’aller plus loin, le plus loin possible. J’aime l’élan qui s’appuie sur la terre ferme pour que l’impulsion soit plus grande, plus grande sans plus.

L’élan qui ne vous jette pas dans le vide.

Comme beaucoup nous sommes porteurs d’utopies - le mot est lâché. Combien de fois m’a-t-on reproché ou d’en avoir trop ou pas assez ? Dans les deux cas, ma parole s’est trop rarement rapprochée des fragiles, des exclus… car ceux-là n’en peuvent plus des mots, de ceux qui plombent comme de ceux qui exaltent l’avenir. Ils veulent la justesse du propos. La faisabilité d’un rêve.

J’aime à la fois… affronter la contrainte et visiter le champ de tous les possibles, j’aime écarter les cloisons mais en prenant garde à l’effondrement du mur qui les soutient.

L’utopie n’est-elle pas au fond la jonction du possible et de l’inespéré ? L’affrontement de ce qui nous est possible de faire avec ce qui est décent d’espérer. Je me pose aujourd’hui la question : l’espoir est-il un fond sans fin ? ou bien a-t-il une limite qui serait au fond la décence envers ceux qui souffrent de trop l’attendre ou de ne jamais en avoir une once.

Nous qui rêvons d’un monde meilleur, un monde de partage, de solidarité, d’égalité, de fraternité, nous sommes les premiers hantés par ces paroles qui ont usé les plus faibles d’entre nous.

Souvent nous-mêmes… sommes saouls d’attendre et de ne pas en voir un bout suffisamment significatif pour souffler. Certains mêmes se découragent tout à fait quand d’autres tentent, comme le chimiste, la grande variation des doses. Celle d’un peu moins de rêves ou d’un peu plus de pragmatisme, ou le contraire. Nous en sommes là des gauches, séparées à convaincre l’autre que son dosage est le bon.

J’attends un front du gauche qui tente d’arracher du faisable dans l’eau des utopies. Le possible au bout du possible, je veux dire dans son dénominateur le plus large.

J’aime l’idée d’aller au bout du faisable sans chuter dans l’incantation stérile du tout ou rien. J’aime la main qui fouille le fond des eaux pour y trouver sa pitance et pas celle qui attend d’attraper au vol d’éventuels poissons volants. J’aime le courage de ceux qui ne s’emportent pas des phrases trop faciles à promettre un monde meilleur. J’aime la patience de ceux qui savent la complexité à proposer un bonheur pour tous. Je me pose encore ces questions et moi qui ai grandi au milieu de ceux et celles qui ont manqué de tout, je fonde ma promesse sur le doute… mais pas celui des autres, le mien.

Comment parler aux plus fragiles, leur proposer un espoir décent ?

Comment tenter la promesse de l’horizon sans naviguer trop loin dans le fleuve trouble des sémantiques ? À l’occasion de ces élections européennes, je retente l’espoir car la solution désormais passe par une vision plus large. Embrassons dans nos luttes l’espace le plus large car la plus lointaine destination est aujourd’hui à portée de main. Plus les distances se raccourcissent et plus la misère se ressemble, qui donne l’espoir d’une union à venir.

Aujourd’hui, j’entends partout parler de morale, j’entends qu’il faut moraliser le capitalisme, mais comment moraliser ce qui est dans son essence immorale, et je me dis que c’est aussi hors des frontières qu’il va falloir le dire. D’abord, tout autour de nous, l’Europe, et peut-être plus loin ensuite.

Je dis cela, pourtant je n’aime pas l’utopie sectionnée du monde réel, ni la réalité séparée du rêve, j’aime la jonction des deux et, comme vous, et comme d’autres, je cherche un poisson assez gros, mais pour nourrir le plus grand nombre. Ce poisson aujourd’hui s’appelle l’Europe, alors n’hésitons pas à embrasser ce vaste territoire avant qu’il ne se referme dans les filets de ceux qui veulent le dilapider de sa richesse humaine, d’en faire un espace privé à la merci des marchands.

Nous, au contraire, nous essayons qu’il soit d’abord au service de toutes et de tous, qu’ils soient chômeurs, entrepreneurs, salariés, fils d’immigrés ou sans-papiers, et plus tard et après l’Europe et au contraire d’une officine privée et puisque nous rêvons un peu, faisons que ce monde soit tout simplement un vaste espace de service public."

Magyd Cherfi,

chanteur et écrivain

(l'Humanité)

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