Destructions après destructions, les pays occidentaux mettent la main à la poche. Plus de débats sur les impôts ou l’argent public. Au titre des dommages
occasionnés par une puissance tiers, l’Union européenne a pris l’habitude d’ouvrir sa bourse. Plus exactement, comme le souligne Robert Malley, ancien conseiller de Bill Clinton, on cherche à
reconstruire ce qui avait été reconstruit avec les premières aides de la reconstruction ! Quelque 80 pays donateurs se retrouvent ainsi aujourd’hui sur les bords de la mer Rouge, à Charm
el-Cheikh, en Égypte, pour s’attaquer à un défi : la reconstruction de la bande de Gaza dévastée par trois semaines d’offensive militaire israélienne. Les Palestiniens réclament au moins
2,8 milliards de dollars d’aide. Si le silence politique était d’or pendant le massacre perpétré par Israël, la bonne volonté est au rendez-vous de Charm el-Cheikh. L’Arabie saoudite a déjà
promis un milliard de dollars, les États-Unis 900 millions, l’Union européenne 556 millions. Israël ? On ne sait pas. C’est un peu se moquer des contribuables, notamment européens, mais
qu’importe visiblement. Comme sur un tapis vert, cette même « communauté internationale » - qui avait su infliger un blocus meurtrier à la bande de Gaza - préconise maintenant une
aide à ce territoire.
Le hamas a transmis son propre plan
L’aide d’urgence, censée aider les Palestiniens, est ralentie par les restrictions aux frontières, note John Ging, le responsable de l’UNRWA à Gaza. Des milliers
de tonnes d’aide restent selon lui coincées, Israël ne réussissant pas à gérer un tel volume via de petits points de passage secondaires ouverts pour l’acheminement de l’assistance !
D’après John Ging, seules des frontières vraiment rouvertes pourront empêcher la catastrophe et de nouvelles violences. Avant la guerre, observe-t-il, les trois quarts des 1,4 million de
Gazaouis recevaient une aide, le blocus ayant enfoncé le territoire dans la pauvreté et éradiqué l’industrie privée. « Il est plus urgent que jamais aujourd’hui de trouver les solutions
afin de rouvrir les points de passage », dit-il.
Nicolas Sarkozy, le président français, est présent ce jour en Égypte. Il veut ainsi certainement marquer la volonté française de considération dans le jeu
proche-oriental, tout en restant prudent. De l’argent, mais peu de propositions politiques. De même, au plus fort de l’offensive israélienne sur Gaza, le président français avait, dans sa
musette, de l’humanitaire et aucune volonté pour arrêter les bombardements israéliens. Un véritable signal pour Tel-Aviv, qui a pu poursuivre ses opérations meurtrières.
Le Hamas n’est pas invité à la conférence de Charm el-Cheikh, et c’est le premier ministre d’Abbas, Salam Fayyad, par ailleurs économiste de haut vol
internationalement respecté, qui sera l’interlocuteur des donateurs et veut que la plus grande partie des fonds passent par son gouvernement. Fayyad gère déjà des volumes importants d’aide
internationale (7,7 milliards de dollars sur la période 2008-2010) et en transfère 120 millions chaque mois vers Gaza, pour l’assistance et les salaires des fonctionnaires d’avant la prise du
pouvoir par le Hamas. Le Hamas a rédigé son propre plan pour la reconstruction, un document de 86 pages transmis à la Ligue arabe. Son porte-parole Faouzi Barhoum a laissé entendre qu’il serait
coopératif. « Nous fournirons toute l’aide logistique nécessaire, a-t-il dit. Nous ne demandons à personne d’envoyer de l’argent sur nos comptes. » Alors que les négociations entre le
Hamas et les différentes organisations membres de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) sont toujours en cours, on pourrait s’acheminer vers un compromis a minima, permettant en
même temps le versement de fonds et une reconstruction réelle. Avant destructions ? demandent certains.
Pierre Barbancey