Vendredi 23 janvier 2009 5 23 /01 /Jan /2009 09:29
Le sous-préfet de Seine-Saint-Denis a demandé au maire de Stains de surseoir à la décision de son conseil municipal d’élever Marwan Barghouti au rang de citoyen d’honneur.


Ci dessous la lettre- réponse de Michel Beaumale, maire de Stains, Vice Président de Plaine Commune.


"Monsieur le sous-préfet,


Vous me demandez d’annuler la délibération prise par le conseil municipal de Stains du 18 décembre dernier par laquelle nous avons nommé Marwan Barghouti citoyen d’honneur de la Ville de Stains.

« La commune a commis une erreur manifeste » dites-vous, et cette décision aurait provoqué des « protestations véhémentes ». A ma connaissance, Monsieur le sous-préfet, je ne connais que la protestation de Monsieur Gozlan, dont on connaît l’allergie à toute manifestation de solidarité avec le peuple palestinien. Si vous connaissez de nombreuses autres réactions, je vous demande de me les faire connaître.

Je vous rappelle, Monsieur le sous-préfet, que la Ville de Stains a établi il y a dix ans une coopération décentralisée avec le camp de réfugiés palestiniens d’Al Amari. Ne serait-ce que vis-à-vis d’eux, nous estimons avoir un devoir de solidarité avec ce peuple privé de ses droits depuis 60 ans. C’est toute la communauté internationale qui devrait considérer avoir une dette envers le peuple palestinien, pour ne pas avoir su faire appliquer le droit international et une soixantaine de résolutions de l’ONU.

« Absence d’intérêt local » dites-vous. Pardonnez moi, monsieur le sous-préfet, mais j’estime que cette considération relève d’une étroitesse de vue. Tout d’abord, dois-je vous rappeler que la mondialisation, qu’aiment nous rappeler souvent nos gouvernants, nous rend interdépendants. Les images d’un conflit, où que ce soit dans le monde, ne laissent jamais nos concitoyens indifférents. En outre, le Proche Orient n’est pas n’importe quelle région du monde, c’est le berceau de la civilisation, une terre sacrée pour les croyants des trois grandes religions monothéistes.

J’ai bien compris, Monsieur le sous-préfet, que vous êtes chargé de veiller à ne pas laisser « transposer » le conflit israélo-palestinien dans les quartiers de l’arrondissement. Oui, il y a un danger de dérive communautariste, mais seulement là où on laisse libre cours à l’instrumentalisation des émotions sans prise de conscience des réalités historiques, stratégiques, géopolitiques. Pour notre part, nous gérons ces questions avec un grand esprit de responsabilité et les Stanois, dans leur grande majorité sont parfaitement capables de comprendre que le problème du Proche Orient n’est pas un problème religieux, qu’il est essentiellement politique. La manifestation à laquelle nous avons appelée mercredi dernier a rassemblé des Stanois de tous horizons et elle avait le soutien de l’Union Juive pour le Progrès.

Elle s’est déroulée dans la calme et la dignité.

Le danger du communautarisme peut venir de ceux qui prétendent que nous attisons la haine lorsque nous manifestons notre solidarité avec le peuple palestinien en quête d’un Etat. Les vrais amis d’Israël sont ceux aujourd’hui qui les conjurent d’arrêter la guerre, l’expansion des colonies, la construction du mur, et de se retirer sur les frontières de 1967. Il ne peut pas y avoir de Sécurité pour Israël sans justice pour les Palestiniens et seule la création d’un Etat palestinien viable et indépendant peut garantir une coexistence entre ces deux peuples et une paix durable.

Si nous avons choisi de mettre à l’honneur Marwan Bargouti et d’exiger sa libération, c’est qu’entre un Hamas que la guerre a fait apparaître comme la seule force de résistance et le Fatah de Mahmoud Habbas dont à l’inverse la guerre a démontré l’impuissance, il y a un grand vide qui risque d’être occupé par le désespoir et la radicalisation. Or Marwan Bargouti représente une génération de cadres politiques pouvant occuper ce vide pour une voie de négociation avec Israël. Marwan Bargouti est à l’initiative de l’appel des prisons engageant toutes les composantes politiques palestiniennes en faveur d’un accord politique avec Israël sur la base des résolutions de l’ONU. Le malheur pour le Proche Orient, c’est que la quasi-totalité de cette génération croupit dans les prisons israéliennes.

Pour toutes ces raisons, Monsieur le sous-préfet, je communiquerai au Conseil municipal votre courrier du 14 janvier dernier, mais je lui demanderai de confirmer la délibération du 18 décembre."


pour en savoir plus avec :

Hors la loi la solidarité avec les Palestiniens ?

Publié dans : la parole a ... - Communauté : Parlons politique
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