Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 17:33
Francis Wurtz, au nom du groupe GUE/NGL .

Monsieur le Président, l'évaluation des résultats du G20 que nous venons d'entendre – success story, tournant de la crise, énorme réussite pour l'Union européenne, etc. – pose à mon avis deux questions.

La première porte sur l'analyse de la situation présente du système financier mondial auquel l'Europe, on l'a vu, est étroitement connectée. Soyons clairs, la volonté des dirigeants du G20 d'adresser coûte que coûte au marché, voire au peuple, un message rassurant les a conduits à minimiser grandement l'état des lieux.

En réalité, les prévisions des pertes supposées, mais encore largement cachées, des banques explosent de mois en mois. Le pire à cet égard n'est pas derrière, mais devant nous. On parlait de deux mille milliards de dollars de pertes il y a trois mois, ce qui était déjà astronomique. Désormais, le FMI les chiffre à quatre mille milliards de dollars.´

De son côté, la Commission vient de chiffrer les fonds mobilisés à divers titres par les États membres pour sauver les banques à trois mille milliards d'euros, c'est-à-dire un quart de leur PIB. Voilà le prix de la course folle à l'argent pour le profit et au profit pour l'argent.

Cette sombre réalité souligne l'importance de ma seconde question. Quelle est la substance effective des avancées réalisées au G20 de Londres en matière de réglementation?

Quand on a posé la question à Joseph Stiglitz, chargé, comme vous le savez, par les Nations unies de piloter une commission indépendante d'experts sur la crise financière: "Êtes-vous d'accord avec l'économiste Simon Johnson pour dire que le volet réglementaire du G20 est proche de zéro?", Stiglitz a répondu: "Je suis d'accord".

L'encre de la déclaration de Londres n'était en effet même pas encore sèche que le principal État membre du G20, les États Unis, a fait appel aux fonds spéculatifs confortablement installés dans les paradis fiscaux pour racheter à vil prix les actifs toxiques qui obstruent les bilans des banques américaines. On nage en pleine moralisation du capitalisme.

En vérité, le G20 n'a en rien enrayé la mondialisation libérale. Il a ignoré la question clé de la réorganisation du système monétaire international. Il a promu le FMI sans envisager sa transformation. Il a passé sous silence l'immense enjeu social engendré par cette crise. Il a préconisé des remèdes homéopathiques là où une chirurgie lourde s'impose de toute évidence.

L'Europe, je pense, doit aller très au-delà du G20. La maison brûle. Entendez-vous les cris de colère qui montent de nos sociétés? Ils réclament non des paroles lénifiantes mais des actes forts et concrets, maintenant.

Publié dans : Europe - Communauté : Parlons politique
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