Mardi 7 juillet 2009
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Ringarde, la lutte pour la réduction des inégalités sociales. Désormais, tout n'est
que diversité, parité. Des concepts super sympa qui n'enrichissent pas les plus pauvres mais leur font croire qu'on s'occupe d'eux.
L’égalité n’est plus à la mode. Trop collectiviste. On lui préfère
de loin des concepts plus modernes, comme la diversité, la parité. A la rigueur l’égalité-des-chances. Et encore : le secrétariat d’Etat à l’Egalité des chances annoncé en décembre dernier par
l’entourage de Brice Hortefeux, et qui devait être confié à Malek Boutih n’a pas vu le jour. Boutih a refusé. Reste le commissaire à la diversité, Yazid Sabeg. C'est bien, la diversité : la
richesse ethnique et culturelle de la France doit avoir sa place partout. C'est bien, mais ça n'est pas l'égalité.
L’universitaire américain Walter Benn Michaels, auteur de La
diversité contre l'égalité, l’expliquait à Marianne2 en février dernier: « Si vous prenez les 10% de gens les plus riches (ceux qui
ont en fait tiré le plus de bénéfices de l'explosion néolibérale des inégalités) et que vous vous assurez qu'une proportion correcte d'entre eux sont noirs, musulmans, femmes ou gays, vous n'avez
pas généré plus d'égalité sociale. Vous avez juste créé une société dans laquelle ceux qui tirent avantage des inégalités ne sont pas tous de la même couleur ou du même sexe. Les avantages en
termes de gouvernance sont assez évidents, eux aussi. L'objectif du néolibéralisme, c'est un monde où les riches peuvent regarder les pauvres et leur affirmer (à raison) que personne n'est victime
de discrimination, leur affirmer (tout autant à raison) que leurs identités sont respectées. Il ne s'agit pas, bien sûr, de les rendre moins pauvres, mais de leur faire sentir que leur pauvreté
n'est pas injuste. »
Sur le même modèle, l’égalité des salaires a été remplacée par la parité, nettement plus fun.
«Egalité des salaires» : l’expression fait vomir les chefs d’entreprise et lever les yeux au ciel les syndicalistes. Faites l’essai : cherchez sur Google actualités l’expression « égalité des
salaires ». Vous n’y trouverez que quelques articles de la presse suisse — où, curieusement, le concept n’est pas encore frappé de ringarditude. Alors que le premier versement de RSA va être
effectué lundi prochain à la CAF de Boulogne-Billancourt au cours d’un happening réunissant
Martin Hirsch et Patrick Devedjian, que le débat sur le travail du dimanche agite l’Assemblée nationale, que Nadine
Morano envisage de supprimer les deux ans de cotisations offerts pour chaque enfant aux mères de
famille, plus personne ne parle d’égalité des salaires.
En fait, l’égalité a été remplacée par la parité. Qui est à la femme ce que la diversité est aux Français issus de l’immigration : la promesse d’un panachage, rien de plus. Promouvoir une présence
féminine accrue dans les institutions et les partis politiques n’a rien à voir avec régler le problème de ces femmes, qu’elles soient cadres ou non qualifiées, qui à poste égal touchent un salaire
inférieur à celui de leurs virils collègues. Simplement, la parité permet de faire croire que « ça avance »… et de ne plus évoquer l’inégalité de rémunération entre hommes et femmes qui est
pourtant une réalité : à poste égal, les femmes sont payées, en moyenne, 11% de moins que les hommes.
En fait, la seule qui ose évoquer l’égalité hommes-femmes, c’est Nadine Morano, qui considère qu’il est injuste que les mères de famille bénéficient d’années de cotisation retraite offerte, et pas
les pères. Sait-elle, Nadine, que d’après l’Insee le montant moyen des retraites des femmes est inférieur de 46% à celui des hommes ? Pas son affaire, apparemment. Son objectif n'est pas de rendre
les retraitées moins pauvres, mais de mettre fin à la terrible injustice qui touche les pères de famille. Voilà qui mettra du baume au coeur des mamies qui vivent avec le minimum
vieillesse.
Bénédicte Charles - Marianne ( Marianne2)
Publié dans : edito
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