Hommage écrit par le petit-fils
et lu lors de l'enterrement de notre camarade.
De Nicolas, son petit-fils à partir d’extraits de poésies de Paul Eluard :
« Vendredi 25 décembre 2009. J’écris un dernier au revoir à ma grand-mère,
Yvonne.
Je prends du temps pour elle, avec elle.
Par où commencer ?
Je découvre les écrits du poète communiste Paul Eluard :
« Le tout est de tout dire et les mots me manquent
Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. »
Je n’ai pas souvenir d’avoir vu un jour ma grand-mère lire les écrits d’Eluard, mais ils me font penser à elle.
Je la vois aujourd’hui, en pensée, arpenter les trottoirs du 35 boulevard Aristide Briand, blouse à fleurs sur le dos, pour acheter « l’Huma », rencontrant des copains, des camarades ou des voisins, tous des amis de longues dates croisés au détour d’une réunion de cellule, d’un étalage de marché ou de vacances passées ensemble.
Certains étaient déjà là quand elle était concierge dans le quartier. Lors des derniers temps à la maison de retraite, elle récitait la liste des locataires escalier par escalier comme pour se raccrocher à sa mémoire, à sa vie passé, ici, à Montreuil. Après ce fut l’Alsace qu’elle revisitait, puis plus rien.
Aujourd’hui, j’ai plaisir à la revoir traversant la petite route et se diriger chez l’épicier, traînant ses pas, achetant deux trois bricoles, puis faire un saut chez « la marchande de journaux » pour le journal.
Je la vois, dans son salon, feuilletant le canard en mouillant chaque fois son index afin d’en faire claquer les pages sur la table recouverte d’une toile cirée légèrement tachée d’encre noire. Comme des marques de ce rituel, les marques d’encre du quotidien se rajoutant à celles de la veille, encore et encore.
Dans mes pensées, sous cette toile cirée, il y a une table ; je me revois enfant, observer tant de gens partager, échanger, refaire le monde autour d’elle.
C’est cette image, ce souvenir, je pense qui m’avait fait te demander de faire un film avec moi en 2003. Te souviens-tu ?
Tu avais déjà 85 ans.
J’étais venu te voir chez toi, au 35, je m’étais assis avec toi autour de la table, posé ma feuille de questions sur la nappe cirée.
Chacune de mes questions, minutieusement préparées, abordait le militantisme et tes combats passés.
Chacune de tes réponses allait vers la situation actuelle du monde et l’avenir.
« L’homme n’est pas ancien comme le monde, il ne porte que son souvenir.
Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci. »
« … Les Hommes ont besoin d’être unis, d’espérer de lutter pour expliquer le monde et le transformer. »
Mémé, Yvonne, ces vers sont d’Eluard, je les ai trouvés en écrivant ces lignes pour toi.
Tu peux te reposer en paix, les valeurs de fraternité et de solidarité qui étaient en toi sont belles et bien vivantes.
