Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /Nov /2009 11:51

Par Patrick Le Hyaric


Nous avons apporté, la semaine dernière, notre pierre au débat sur la fin du mur de Berlin. Nous avons dit à quel point il était nécessaire de tirer tous les enseignements de cet événement historique, qui restera un des faits les plus saillants de l’entrée dans un nouveau siècle.

Qu’il s’agisse de la nature du système qu’il représentait et des raisons pour lesquelles un type de transformation sociale marquée par le stalinisme et le soviétique a échoué, rien ne doit être occulté, surtout quand s’impose le constat que la chute du mur n’a pas rendu la mondialisation capitaliste plus acceptable. Bien au contraire !

Certes, les grands médias ont multiplié les émissions spéciales jusqu’à l’overdose, mais ont-il pleinement contribué à une véritable confrontation des points de vue, des interprétations et des enseignements possibles? Je ne le pense pas. Trop souvent, ils sont apparus au service d’une pensée unique : faire que cet échec patent se confonde avec celui de l’idée  communiste. D’ailleurs, peu d’historiens, d’analystes, de responsables de la gauche, communistes ou non, ont été invités à débattre sérieusement de l’après chute du mur de Berlin. Pourquoi tenter ainsi d’enfermer la réflexion de nos concitoyens dans le cadre étriqué d’un système capitaliste indépassable ? Tout simplement parce que ce dernier, en crise profonde, fait la démonstration de son incapacité à apporter à chacun dans le monde de quoi se nourrir, se loger, travailler, se soigner, s’éduquer, se cultiver…bref, de quoi vivre humainement.  D’ailleurs un sondage réalisé auprès de 29 000 personnes de l’Union Européenne, pour la BBC, montre que plus du quart de ceux qui ont répondu à cette enquête, estiment que le système capitaliste est « mauvais par essence » et doit être remplacé par un autre système économique. A l’opposé, le message subliminal de ces derniers jours a consisté à demander aux peuples d’accepter la vie telle qu’elle est à un moment où précisément l’attente d’autre chose grandit. On comprend mieux pourquoi, par exemple, les aspirations des populations des pays de l’Est avant et après la chute du mur de Berlin ne sont pas mises en débat. Leur vie actuelle sous le joug de l’ultra-libéralisme le plus sauvage, leur insertion dans une construction européenne ultra-capitaliste non plus. Comme partout dans le monde, ces peuples ont rêvé et aspiré à la liberté, à la démocratie, à l’amélioration de leur niveau de vie, mais pas à ce capitalisme débridé. Ils ont, à coup sûr, encore moins rêvé de devenir une variable d’ajustement de l’Europe capitaliste. C’est pourtant ce qu’on leur impose aujourd’hui.

Ainsi la semaine dernière, un conseiller du Président de la République a proposé à une organisation professionnelle agricole d’installer en Pologne ou en Roumanie une agence d’embauche d’ouvriers agricoles, rémunérés sous les conditions sociales de ces pays, pour travailler en France. Il s’agit en fait de l’application de la fameuse et honteuse directive  européenne « Bolkestein ». Ajoutons que c’est aussi la semaine dernière que le pouvoir a entamé un processus de taxation des congés pour accident du travail, à l’instant même où le bouclier fiscal pour les riches est reconduit et qu’il est envisagé la suppression de la taxe professionnelle.

Pas besoin de faire un sondage pour savoir que personne n’a voulu, à l’Est, abattre un mur pour être surexploité, mis en concurrence, dans le but d’abaisser la rémunération du travail dans les premiers pays fondateurs de la Communauté européenne.

On aimerait d’ailleurs qu’autant de temps d’antenne et de pages de journaux soient consacrés aux nouveaux murs qui sont érigés partout contre et entre les individus et leur possibilité d’accès aux droits humains fondamentaux.

A occulter cette réalité, les peuples risquent d’être désemparés, désarmés, enfermés derrière le mur du capitalisme le plus débridé, avec des conséquences sur la montée des nationalismes, des populismes et des chauvinismes de toute sorte. A ceci s’ajoute depuis quelques jours l’amplification d’une atmosphère délétère d’où sortent des caves des droites françaises des affaires qui se succèdent et qui sont portées aujourd’hui devant les tribunaux, pendant qu’à gauche le débat porte insuffisamment sur les moyens de dépasser la crise actuelle, dans un processus de réformes anti et post-capitalistes.

Cela aboutit à détourner encore plus de citoyens du vote, à quelques mois des élections régionales tandis que le pouvoir de droite tente de mobiliser, non sans mal, un électorat avec les vieux thèmes sécuritaires, xénophobes, avec notamment son « identité nationale ».

L’information, la confrontation idéologique, l’action, le vote sont plus que jamais indispensables au moment où la politique sarkozyste détruit les droits sociaux, utilise le thème de l’écologie comme un leurre au lieu de s’attaquer réellement à la crise écologique et  alors que des pans de démocratie sont rognés.

Le mur de la pensée unique, pilier du mur de l’argent, doit aussi être abattu.

Publié dans : la parole a ...
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